Attention SPOILER.

Le film "Seul sur Mars" a rencontré un grand succès. Peu avant lui, deux autres films sur l'exploration spatiale ont aussi connu un beau succès : Gravity et Interstellar. Ensemble, ces trois films ont en commun des hommes/femmes éloignés de leur Terre et en lutte pour leur survie dans un milieu qui leur est particulièrement hostile. Ils font tous preuve d’ingéniosité, de courage et de détermination pour revenir vivant parmi les leurs. Chaque film qui sort est l'occasion d'annoncer qu'il est plus réaliste que son prédécesseur, que tout a été super bien simulé, que la production a été aidée par les meilleurs spécialistes, etc. Les comparaisons s'emballent dans les médias et "Seul sur Mars" est déclaré par les médias le plus réaliste.

Bien que sympathique à voir, il est en fait difficile de trouver des scènes réalistes dans "Seul sur Mars". Il collectionne les erreurs comme les mots dans un dictionnaire.

En voici une petite compilation non exhaustive :

  • Les tempêtes qui font voler les objets et les personnages. Digne de la trilogie Sharknado où des tornades happent des requins en plein océan pour les envoyer dévorer de braves Américains. Encore que dans Sharknado, c'est pas mal fichu alors que dans "Seul sur Mars", c'est plutôt bâclé. Et en prime, le sable martien n'accroche pas : les combinaisons restent désespérément propres. Une prouesse technologique !
    En fait la pression sur Mars est tellement faible (610 Pascal sur Mars contre 101325 Pascal sur Terre) que le vent martien est bien incapable de soulever le moindre objet même léger. Tout au plus quelques légers grains de sable.
  • Dans le film, le Soleil vu depuis Mars apparaît rougeoyant. C'est une erreur. En effet, de nombreux robots ont réalisé cette photo, et le Soleil vu depuis Mars apparaît bleuté.
  • Les "marsonautes" portent des combinaison souples que l'on peut enfiler simplement. Hélas, la pression est tellement faible sur Mars qu'avec ce genre de tenue les combinaisons ressembleraient à des ballons de baudruche. Dans la réalité, il faudrait posséder des combinaisons davantage rigides. Et dans le monde réel, une combinaison spatiale, ça prend énormément de temps à être enfilée.
  • Une vingtaine de panneaux solaires pour alimenter la base. Très insuffisant d'autant plus que sur Mars l'énergie solaire par unité de surface est réduite de 57% du fait que Mars se promène plus loin du Soleil que la Terre.
  • Les pneus en caoutchouc du camion : choix inédit. En effet, le sol de Mars est très oxydant. Et avec des variations de température oscillant généralement entre -90°C et -25°C, il faut un matériau particulier. Tous les robots roulant sur Mars ont toujours utilisé des roues en métal avec éventuellement une suspension. Ce serait un choix logique de poursuivre dans cette voie.
  • Le vaisseau de transit et la base martienne est rempli de vide. C'est aberrant. Dans l'espace, la masse et le volume transportés comptent énormément. On cherche à optimiser l'espace. Du coup, le film perd direct en crédibilité.
  • Le vaisseau de transit possède un module en rotation par rapport à d'autres modules. C'est impensable. Des vaisseaux en rotation, on en trouve aussi dans Interstellar ou dans le merveilleux film "2001, l'odyssée de l'espace". Néanmoins, dans ce dernier, c'est tout le vaisseau qui est en rotation. Quel est l'intérêt d'avoir un vaisseau partiellement en rotation ? Aucun, si ce n'est de complexifier le vaisseau et de le rendre impossible à construire : comment assurer l'étanchéité au niveau des pièces en mouvement ? Impossible !
  • La vitesse de rotation est insuffisante pour simuler une pesanteur terrestre. En effet, le module en rotation tourne à environ un tour en 30 secondes. Et les astronautes dans ce module sont à environ 15 mètres du centre de la rotation. Or, l'accélération normale d'un mouvement circulaire uniforme vaudrait dans ces conditions environ 0,66 m/s², soit 0,067 g, ou encore environ 1/15e de g. En fait, pour un bras de 15 mètres de long, il faudrait assurer une vitesse de rotation de d'un tour toutes les 7,5 secondes, soit 4 fois plus vite que dans le film.
  • Le vaisseau de transit possède quelques panneaux solaires. Hélas, ils ne sont pas orientés vers le Soleil. C'est pour l'esthétique ?
  • Dans la grand salle du vaisseau de transit, les astronautes s'offrent un petit rafraichissement dans des verres en verre au logo de la NASA avec assiette en porcelaine, sans oublier la salière et la poudrière probablement en verre également. Impossible de voir ça dans l'espace. Sans parler des éviers et autres four à micro ondes. On n'est pas sur Terre !
  • En vue de ralentir le vaisseau de transit, l'équipe d’astronautes décide de créer une explosion dans le module avant. À part disloquer le vaisseau en créant un choc sur la structure qui n'est pas prévue pour, on ne voit pas bien l'intérêt. D'autant plus que le vaisseau semble doté de multiples tuyères pour assurer les corrections de trajectoire. Notamment la tuyère arrière qui expulse une étonnante et imposante lumière bleutée.
  • Les astronautes passent au final 4 ans dans l'espace, ce qui est terriblement long. Les effets néfastes sont certes limités grâce à la gravité artificielle (du moins si elle fonctionnait vraiment), mais quid du rayonnement cosmique, voire des éruptions solaires, ainsi que de l'aspect psychologique pour un groupe de personnes dans un endroit ultra confiné ?
  • Le vaisseau de transit est gigantesque et même quasiment impossible à construire. En effet, il doit forcément être assemblé en orbite, aucune fusée ne pouvant envoyer un si grand vaisseau directement. Le coup de construction et d'assemblage d'un tel monstre risquent de représenter un budget en centaines de milliards de dollars. Il y a des solutions plus économiques, mais le vaisseau sera nettement plus compact.
  • Une géologie incompatible : tous les vaisseaux martiens apparaissent dans des zones montagneuses très escarpées. Or aucune mission n'est envoyée dans ce genre d'endroit. C'est d'autant plus vrai quand on regarde Matt Damon déterrer Pathfinder et son rover Sojourner : le réalisateur n'a même pas pris la peine de reproduire l’environnement réel de cette mission qui avait pourtant été photographié sous tous les angles possibles.
  • Le héros bien que seul et en danger permanent se permet de faire sans cesse des blagues. L'aspect psychologique est à revoir. Il aurait fallu s'inspirer de Gravity.

Lever de Soleil sur Mars [Origine=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/68/MarsSunset_losslesscrop.jpg]Lever de Soleil sur Mars photographié par Spirit en 2005.
Le Soleil doit être bleuté, pas rougeoyant.

À la décharge de "Seul sur Mars", il s'agit d'un film et non d'un documentaire. Et le scénario reste malgré tout plus réaliste que dans les films "Mission to Mars", "Planète rouge" ou encore "The Last Days on Mars". Et sans évoquer d'autres films tels que "Total Recall", "Mars Attacks!", "Ghosts of Mars", "Doom", "Watchmen", "John Carter", etc. La marge de progression reste cependant largement perfectible.